Ce qu’il faut retenir : Intel n’abandonnera pas Raptor Lake. Robert Hallock, vice-président et directeur général de l’activité canal enthousiaste d’Intel, a déclaré à Tom’s Hardware que l’architecture et son socket LGA 1700 resteront « une part centrale du portefeuille » pendant des années. La raison n’a rien à voir avec la performance : elle tient entièrement au prix de la mémoire. La DDR5 est devenue si chère que les monteurs de PC se replient massivement sur les plateformes DDR4 — et la seule qui offre encore des processeurs Intel modernes, c’est le LGA 1700 sorti fin 2021.

La citation qui change la feuille de route

Les mots employés par Robert Hallock sont explicites : « À l’avenir, les produits en 10 nm comme Raptor Lake, c’est une part centrale du portefeuille que je veux proposer aux gens pendant des années. Le LGA 1700 est encore un bon socket. Beaucoup de gens sont toujours intéressés par la DDR4, donc on continue à proposer, et vous verrez les prix se lisser avec le temps. Ça reviendra à la normale. C’est le plan. »

C’est un renversement complet de la logique habituelle du secteur. Un socket est censé mourir quand la génération suivante arrive ; le LGA 1851 est disponible depuis fin 2024. Sauf que la variable qui décide aujourd’hui de ce qu’un joueur peut se permettre n’est plus le processeur, c’est le prix de la barrette. Et sur ce terrain, une plateforme vieille de bientôt cinq ans possède un avantage décisif que sa remplaçante n’a pas : elle accepte la DDR4.

L’effet pervers : les prix des Raptor Lake s’envolent

Le problème, c’est qu’Intel n’avait rien vu venir. Hallock l’admet sans détour : « Si les gens vont vers du matériel plus abordable, ils veulent quand même ce qu’il y a de plus rapide pour leur argent, et ça s’est trouvé être Alder Lake et Raptor Lake. Il y a donc eu un afflux soudain de demande sur ces références — absolument pas anticipé quand vous lancez vos wafers et vos productions, bien avant que ce moment n’arrive. C’est donc très difficile à prévoir. »

Résultat : une plateforme censée être en fin de vie se retrouve en tension, et ses tarifs partent dans le mauvais sens.

Processeur Prix habituel (2025) Prix constaté (mi-août 2026, marché US) Disponibilité
Core i5-14600K ≈ 200 $ ou moins ≈ 250 $ (262 $ chez Amazon) En rupture chez Newegg
Core i7-14700K Souvent moins de 350 $ ≈ 380 $ chez Newegg Épuisé chez Amazon

Relevés effectués par Tom’s Hardware sur le marché américain au moment de la publication ; aucun relevé français équivalent n’est disponible à ce jour et nous n’en inventerons pas.

Intel attribue cette volatilité à deux facteurs conjugués : la demande inattendue, mais aussi le retrait progressif et planifié des anciennes références du catalogue. Un produit qu’on arrête doucement de fabriquer et qu’on se met soudain à s’arracher, c’est la recette parfaite d’une pénurie. Hallock affirme travailler à augmenter les stocks pour lisser les prix, sans préciser dans quelles proportions ni sur quel calendrier.

Les cartes mères DDR4 reviennent de nulle part

Le vrai goulet d’étranglement n’a d’ailleurs jamais été le processeur : c’était la carte mère. Les cartes LGA 1700 en DDR4 ont toujours été minoritaires. Elles avaient été conçues comme une solution de transition à l’époque d’Alder Lake, pendant qu’Intel basculait vers la DDR5, et elles ont largement disparu des catalogues à mesure que la DDR5 devenait abordable. Ce raisonnement, parfaitement valable en 2023, est devenu absurde en 2026.

Les fabricants ont donc fait demi-tour. Gigabyte a relancé une B760M GAMING DDR4 associant mémoire DDR4 et port graphique PCIe 5.0, compatible avec les processeurs Core de 12e, 13e et 14e génération, avec une capacité mémoire plafonnée à 64 Go sur deux emplacements. Et le mouvement dépasse largement le camp Intel : début août, Gigabyte a également dévoilé une série B550 X pour le socket AM4 d’AMD, présentée comme « le refresh le plus puissant » de cette plateforme et taillée pour le Ryzen 7 5800X3D, une puce de 2022 qu’AMD a remise en production cette année.

Quand deux constructeurs relancent simultanément des cartes mères pour des sockets sortis en 2020 et 2021, ce n’est plus une anecdote : c’est un diagnostic. L’industrie a acté que le marché du montage grand public ne pouvait plus suivre le prix de la DDR5.

Et ensuite : « Raptor Lake Next » en 2027

Intel ne compte visiblement pas s’arrêter à de la gestion de stock. Selon des informations rapportées par la presse spécialisée et non confirmées officiellement par le fondeur, une nouvelle déclinaison baptisée « Raptor Lake Next » serait prévue pour le début de l’année 2027, toujours sur le socket LGA 1700 et donc toujours compatible DDR4. Les configurations évoquées décrivent une gamme à trois étages : un modèle 16 cœurs (8 P-cores + 8 E-cores), une variante 20 cœurs (8P + 12E) annoncée autour de 65 W, et une puce 10 cœurs (6P + 4E). La dénomination commerciale « Core 200 » serait conservée.

À manier avec prudence : ces éléments proviennent de fuites et de rapports de presse, pas d’une annonce Intel. Ce qui est en revanche confirmé par Hallock, c’est qu’Intel envisage plus largement de séparer plus nettement ses offres grand public et enthousiastes sous la pression des prix, et que ce maintien de Raptor Lake ne se fera pas au détriment du développement de la génération Nova Lake.

Faut-il en conclure qu’il faut monter en DDR4 ?

La réponse honnête est : ça dépend surtout de ce que vous possédez déjà, et il faut se méfier du raccourci « DDR4 = économique ».

Le cas le plus favorable, de loin, c’est celui du réemploi. Si vous avez déjà un kit DDR4 fonctionnel issu d’une machine précédente, le calcul devient très favorable : vous supprimez purement et simplement le poste budgétaire qui a le plus explosé. C’est là que la logique du LGA 1700 prend tout son sens.

Si vous partez de zéro, tempérez. La DDR4 aussi a augmenté — moins violemment que la DDR5, mais elle a augmenté. Et l’exemple des 14600K et 14700K montre que l’afflux de demande fait grimper le prix du processeur lui-même : l’économie réalisée sur la mémoire peut être partiellement reprise sur le CPU et sur une carte mère devenue rare. Le calcul doit se faire sur le total de la configuration, pas sur un composant.

Si vous êtes déjà sur LGA 1700, c’est une bonne nouvelle nette. Votre plateforme n’est pas abandonnée, elle est officiellement maintenue par Intel, et une éventuelle mise à niveau processeur restera possible sans changer ni carte mère ni mémoire. Dans le contexte actuel, c’est précisément ce que tout le monde cherche.

Nous ne publierons pas ici de comparatif de performances entre plateformes : l’objet de cette actualité, c’est une décision industrielle et une mécanique de prix, pas un classement. Pour situer l’ampleur du choc mémoire qui provoque tout ça, nos articles sur les poursuites engagées contre Samsung, SK hynix et Micron et sur l’effacement discret des recommandations mémoire de Windows 11 par Microsoft donnent le décor complet. Et si chaque gigaoctet compte désormais, l’appli Météo de Windows 11 et son 1,2 Go de RAM illustrent bien le problème.

Ce que ça dit du marché PC en général

Cette histoire est le symptôme le plus lisible de ce que la crise mémoire a fait au marché : elle a inversé le sens du progrès. Pendant vingt ans, la règle était simple — la plateforme la plus récente était la plus intéressante, et l’ancienne devenait un choix par défaut pour les budgets serrés. En 2026, c’est l’inverse : une plateforme de 2021 redevient désirable parce qu’elle est ancienne, et un fondeur promet publiquement de continuer à la produire.

Le mouvement traverse tout le secteur. Intel maintient le LGA 1700 ; Gigabyte relance l’AM4 ; AMD a remis le 5800X3D en production ; et du côté des cartes graphiques, la logique est identique — nous détaillions il y a peu quoi acheter maintenant et quoi reporter, une question qui ne se posait pas dans ces termes il y a dix-huit mois. Sur le versant tarifaire des processeurs, la trajectoire était d’ailleurs déjà lancée quand Intel a relevé ses Core Ultra jusqu’à +18 %.

Reste une question ouverte, et elle est de taille : Intel dit que les prix « reviendront à la normale ». Ce sera vrai le jour où la demande de mémoire des centres de données cessera d’aspirer les capacités de production. Le fondeur ne s’y trompe pas et travaille d’ailleurs son propre positionnement sur ce terrain, comme le montrait le recrutement de l’ex-patron de SK hynix par Lip-Bu Tan.

FAQ — Raptor Lake, LGA 1700 et DDR4 en 2026

Intel arrête-t-il vraiment de retirer Raptor Lake de son catalogue ?

Intel confirme que Raptor Lake et le socket LGA 1700 resteront « une part centrale » de son portefeuille pendant des années, et dit travailler à augmenter les stocks pour stabiliser les prix. Aucun calendrier ni volume précis n’a été communiqué, et l’entreprise n’a pas détaillé quelles références exactement seront maintenues.

Pourquoi les processeurs de 13e et 14e génération sont-ils devenus plus chers ?

Parce que la demande a explosé de façon imprévue. Face au prix de la DDR5, de nombreux acheteurs se sont rabattus sur les plateformes compatibles DDR4, et le LGA 1700 est la seule à proposer des processeurs Intel récents. Cet afflux est arrivé alors que la production de ces puces était en train d’être réduite, d’où des ruptures et des tarifs en hausse : environ 250 $ pour un Core i5-14600K contre 200 $ ou moins auparavant, environ 380 $ pour un Core i7-14700K.

Peut-on encore trouver des cartes mères LGA 1700 en DDR4 ?

Oui, et l’offre remonte. Gigabyte a relancé une B760M GAMING DDR4 dotée d’un port graphique PCIe 5.0, compatible avec les Core de 12e, 13e et 14e génération, avec 64 Go de mémoire maximum sur deux emplacements. D’autres fabricants ont annoncé augmenter leur production de plateformes DDR4 sur le second semestre.

« Raptor Lake Next » est-il officiel ?

Non. Il s’agit d’informations de presse non confirmées par Intel. Elles évoquent une nouvelle série pour le LGA 1700 début 2027, sous la dénomination Core 200, avec un modèle jusqu’à 20 cœurs (8 P-cores + 12 E-cores) autour de 65 W. Ce qui est en revanche confirmé par Intel, c’est le maintien de la plateforme et le fait que cela ne retardera pas la génération Nova Lake.

Vaut-il mieux monter une configuration DDR4 aujourd’hui ?

Cela dépend surtout de votre situation. Si vous récupérez un kit DDR4 existant, l’économie est réelle et immédiate puisque vous évitez le poste dont le prix a le plus augmenté. Si vous achetez tout, le calcul est moins évident : la DDR4 a aussi augmenté, et les processeurs comme les cartes mères compatibles sont désormais plus chers et plus rares. Raisonnez sur le coût total de la machine plutôt que sur un seul composant.

Sources

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