Ouvrir une application, regarder s’il va pleuvoir, jeter un œil au Gestionnaire des tâches — et découvrir que l’appli Météo intégrée à Windows 11 occupe plus de 1,2 Go de RAM, sans le moindre clic ni défilement. C’est l’expérience documentée le 9 août par Windows Latest, abondamment reprise depuis par TechSpot, Notebookcheck et d’autres. En temps normal, l’anecdote ferait sourire. En 2026, alors que la pénurie a ramené le prix de la mémoire à ses niveaux de 2007, chaque gigaoctet gaspillé a littéralement un coût — et l’histoire devient un symbole.

1,2 Go au lancement, des pointes à 1,6 Go : ce que montre le test

Le scénario décrit par Windows Latest est d’une banalité totale : appli Météo ouverte pour consulter la pluie des prochaines heures, Gestionnaire des tâches déjà affiché à côté. Résultat : la consommation grimpe au-delà de 1,2 Go dès le lancement, sans interaction. Les mesures relayées par TechSpot précisent la dynamique : environ 1 Go à l’ouverture, une redescente vers 500 à 600 Mo au repos, puis des pointes à 1,5 Go — brièvement 1,6 Go — dès qu’on zoome sur la carte radar ou qu’on navigue entre les écrans de prévision.

Précisons, pour être équitable : les données affichées sont riches et sérieuses. Radar en direct, vent et précipitations heure par heure, qualité de l’air, phases de lune, alertes météo officielles ; la page de crédits de Microsoft cite des fournisseurs de référence comme Foreca et le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF). Le problème n’est pas la météo. C’est ce qu’il en coûte en mémoire pour l’afficher.

Sous le capot : une « appli » qui est en réalité le site MSN Météo

L’explication tient en un déploiement de l’arborescence des processus : sous « Météo », le Gestionnaire des tâches liste jusqu’à neuf sous-processus aux noms caractéristiques de Chromium. L’appli Météo « native » de Windows 11 est en réalité MSN Météo — un site web — encapsulé dans WebView2, le composant qui embarque le moteur de rendu de Microsoft Edge dans n’importe quelle application. Chaque consultation de la pluie lance donc l’équivalent d’un petit navigateur multi-processus dédié.

Et comme il s’agit de MSN, l’appli affiche aussi de la publicité : Windows Latest décrit des tuiles sponsorisées — par exemple une réclame pour l’IA d’Adobe Acrobat — glissées dans la grille visuelle des prévisions, stylisées presque à l’identique des cartes « Température » ou « Vent ». Des publicités dans une application préinstallée d’un système d’exploitation payant, qui recommande par ailleurs de se connecter à un compte Microsoft pour un usage optimal : la combinaison a fait grincer des dents jusque dans les colonnes des médias les plus mesurés.

macOS affiche la même météo avec cinq fois moins de mémoire

La comparaison qui fâche vient du même test : l’appli Météo de macOS, application native s’exécutant en un unique processus, affiche des données tout aussi granulaires en consommant 246,7 Mo. Soit environ cinq fois moins que la version Windows au repos après lancement — et sans la moindre publicité.

Météo Windows 11 (MSN) Météo macOS
Architecture Site web MSN dans WebView2 (moteur Chromium) Application native
Processus Jusqu’à 9 sous-processus Chromium 1 processus
RAM au lancement ≈ 1 Go, jusqu’à 1,2 Go constatés ≈ 247 Mo
RAM en pointe (zoom radar) 1,5 à 1,6 Go
Publicités intégrées Oui (tuiles sponsorisées) Non

Le tableau se passe de commentaire, mais il illustre un point que Microsoft reconnaît désormais lui-même : le choix systématique du « web déguisé en appli » a un coût, en mémoire comme en réactivité, que les applications réellement natives ne paient pas.

Pourquoi c’est plus grave en 2026 : chaque gigaoctet coûte cher

Sur une machine bien dotée, 1,2 Go passent inaperçus. Mais sur un PC à 8 Go — la configuration minimale officiellement requise pour Windows 11, encore ultra-courante sur les portables d’entrée de gamme — TechTimes souligne qu’une simple appli météo s’arroge environ 15 % de la mémoire totale du système. De quoi faire basculer une session déjà chargée dans les ralentissements.

Surtout, le contexte a changé : la RAM est devenue la ressource la plus chère du PC. La pénurie a effacé vingt ans de baisse des prix en quelques mois, Apple elle-même fait la queue pour la DRAM, et remplacer un kit défaillant coûte désormais un bras. Ironie de l’histoire : Microsoft a discrètement effacé ses recommandations mémoire pour Windows 11 et vend des Surface avec 8 Go — tout en livrant une appli météo qui en consomme à elle seule un septième.

Microsoft promet du natif — mais Météo n’est pas sur la liste

Le plus frustrant est que Microsoft a déjà identifié le problème. L’entreprise a fait de la sobriété mémoire une priorité officielle pour les PC à 8 Go et plus, admet publiquement que même ses applications natives consomment trop, et pousse une migration progressive vers WinUI pour remplacer le vieux code Win32 et les enrobages WebView2. Rudy Huyn, qui dirige le développement d’applications natives chez Microsoft, s’est publiquement engagé en mars à produire de « vraies » applications Windows.

Mais dans la liste des huit applications intégrées en cours de modernisation cette année — Calculatrice, Caméra, Horloge, Lecteur multimédia, Paint, Photos, Enregistreur de son —, Météo ne figure pas. Et pour cause : c’est une application estampillée MSN, gérée par une autre logique, celle du portail publicitaire. En attendant un éventuel portage natif, le conseil pratique est simple : consultez la météo, puis fermez réellement l’application (elle ne tourne pas en tâche de fond une fois fermée), et si votre PC plafonne à 8 Go, surveillez dans le Gestionnaire des tâches ce que coûtent les applis « gratuites » de ce genre. Il n’y a en revanche aucune raison d’acheter de la RAM hors de prix juste pour absorber les excès d’une appli météo.

FAQ — consommation mémoire de l’appli Météo de Windows 11

Pourquoi une simple appli météo consomme-t-elle plus de 1 Go de RAM ?

Parce que ce n’est pas une application native : c’est le site MSN Météo encapsulé dans WebView2, le moteur de rendu Chromium de Microsoft Edge. À l’ouverture, elle lance jusqu’à neuf sous-processus de type navigateur, chacun avec son empreinte mémoire — l’équivalent d’un mini-Edge dédié à l’affichage de la pluie.

Est-ce que cela ralentit vraiment mon PC ?

Tout dépend de votre mémoire totale. Avec 16 ou 32 Go, l’impact reste marginal tant que d’autres applications lourdes ne saturent pas la machine. Avec 8 Go — le minimum officiel de Windows 11 —, 1,2 Go représentent environ 15 % du total : cumulés au navigateur et à quelques onglets, les ralentissements deviennent perceptibles, surtout sur les portables d’entrée de gamme.

Comment vérifier la consommation sur ma machine ?

Ouvrez l’appli Météo, puis le Gestionnaire des tâches (Ctrl + Maj + Échap), onglet Processus. Développez la flèche à gauche de « Météo » pour afficher les sous-processus : vous verrez la répartition de la mémoire entre les processus Chromium de WebView2. Les valeurs varient selon l’usage : comptez environ 1 Go à l’ouverture et des pointes lors du zoom sur la carte radar.

Peut-on désactiver les publicités de l’appli Météo ?

Aucune option officielle ne permet de les couper : elles font partie du service MSN sur lequel l’application repose. Les seules alternatives documentées sont d’utiliser une autre source météo — site web de votre fournisseur national, application tierce plus légère — ou d’ignorer les tuiles sponsorisées, qui imitent malheureusement l’apparence des vraies cartes de données.

Microsoft va-t-il corriger le problème ?

Rien n’est annoncé spécifiquement pour Météo. Microsoft dit optimiser WebView2 et migrer progressivement ses applications intégrées vers WinUI, avec la sobriété mémoire comme priorité affichée — mais Météo, application MSN, ne figure pas dans la liste des huit applications en cours de modernisation. Nous mettrons cet article à jour si un portage natif est officialisé.

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