Le cabinet Jon Peddie Research a publié le 3 septembre 2026 son rapport Market Watch du deuxième trimestre : 75,5 millions de processeurs graphiques pour PC livrés dans le monde entre avril et juin, en hausse de 10,4 % par rapport au premier trimestre et de 1,1 % sur un an. Les GPU dédiés, les puces qui équipent les cartes graphiques et les portables de jeu, progressent de 12,2 % en un trimestre. Le tout pendant que la crise de la mémoire fait monter les prix de vente, ce que Jon Peddie lui-même résume ainsi : « ce trimestre, les GPU dédiés ont augmenté de 12,2 %, alors même qu’une crise mondiale de la mémoire faisait flamber le prix des composants ».
Le titre a fait le tour de la presse anglophone sous la forme « record de ventes de cartes graphiques malgré les prix ». Le communiqué et ses deux graphiques, ainsi que le rapport processeurs publié par le même cabinet le 18 août, racontent quelque chose de plus précis et de moins flatteur pour le PC de bureau. Nous les avons lus ligne par ligne.
Le chiffre qui explique tous les autres : +16,8 % pour les portables, -4 % pour le bureau
Le communiqué distingue deux plateformes. Les GPU de bureau, intégrés et dédiés confondus, reculent de 4 % par rapport au premier trimestre. Les GPU de portables bondissent de 16,8 %. Comme les portables représentent la grande majorité du volume, la somme donne +10,4 %, et Jon Peddie Research écrit noir sur blanc que la croissance annuelle est « menée par les portables ».
Cette répartition se retrouve dans le rapport sur les processeurs client du même trimestre, publié le 18 août. Son premier graphique donne la part du bureau dans les CPU client livrés : 29 % au deuxième trimestre 2025, 27 % au premier trimestre 2026, 22 % au deuxième trimestre 2026. En un an, le PC de bureau a perdu sept points de poids relatif, et le PC portable en représente désormais 78 %. Le cabinet en donne la raison dans la bouche de son président : « le canal DIY a été faible, car la plupart des joueurs avertis avaient déjà avancé leurs achats au quatrième trimestre 2025, avant les hausses de prix annoncées de la mémoire et des SSD ». Autrement dit, le joueur qui monte sa machine a acheté fin 2025, et il n’achète plus.
Le rebond des GPU dédiés doit donc se lire à travers ce prisme. Un GPU dédié dans un portable est une puce soudée que le fabricant a achetée pour une machine qu’il assemble ; quand les fabricants de portables reconstituent leurs stocks, ce que le rapport processeurs du même cabinet décrit pour ce trimestre, les livraisons de GPU dédiés montent, même si personne n’a acheté une carte graphique de plus. Le relevé Steam d’août, où la puce qui progresse le plus du mois est la RTX 5060 Laptop, va dans le même sens, tout comme l’apparition de portables de jeu neufs en DDR4 pour contenir les prix.
Les +7 points d’AMD sont d’abord des Ryzen
Le second graphique du communiqué, « Total PC GPU Market Share », donne les parts des trois fournisseurs sur trois trimestres. AMD : 14 %, 20 %, 21 %. Intel : 61 %, 57 %, 56 %. Nvidia : 24 %, 23 %, 23 %. En un an, AMD gagne sept points et Intel en perd cinq, ce qui a été lu comme une percée des Radeon. Ce n’est pas ce que le graphique mesure.
Le mot « GPU » chez Jon Peddie Research désigne toute puce graphique, intégrée ou dédiée. C’est pourquoi Intel, qui ne vend presque pas de cartes graphiques, détient 56 % du marché : chaque Core avec circuit graphique compte pour un GPU. C’est aussi pourquoi le taux d’attache des GPU aux PC atteint 120 %, un ordinateur pouvant embarquer une puce intégrée et une dédiée. La part d’AMD suit donc d’abord ses ventes de processeurs : le même communiqué indique que les livraisons de CPU AMD ont progressé de 12,74 % au trimestre, contre 8,99 % pour Intel, et Tom’s Hardware, à partir du rapport processeurs du même cabinet, décrit une part AMD en hausse sur le bureau malgré un marché en repli. Ce que le graphique dit, c’est qu’AMD vend plus de Ryzen ; ce qu’il ne dit pas, c’est combien de Radeon.
Cette lecture est cohérente avec ce que AMD a publié début août : un trimestre record à 11,5 milliards de dollars porté par les centres de données et les processeurs, mais un segment gaming en recul de 31 % sur un an, et une dirigeante qui reconnaît que le prix des cartes graphiques casse la demande. Un fournisseur dont la division gaming recule de 31 % ne gagne pas sept points de marché sur les cartes graphiques. Il en gagne sur les puces intégrées.
Pour Nvidia, stable à 23 % d’un marché qui inclut les puces intégrées alors qu’elle n’en vend aucune, le chiffre confirme surtout que ses volumes suivent le marché. La ligne gaming a disparu du rapport trimestriel de l’entreprise, ce qui rend les données de Jon Peddie Research d’autant plus utiles ; elles restent des volumes, pas des revenus.
Livraisons ne veut pas dire ventes aux joueurs
Le communiqué précise que le deuxième trimestre est « typiquement en baisse » par rapport au premier, et que celui-ci est au-dessus de la moyenne des dix dernières années. Le graphique « GPU shipments vs. rate », qui remonte à 2015, montre effectivement un deuxième trimestre 2026 à environ +10 %, après un premier trimestre négatif d’environ -9 %. Sur ce graphique, les deux trimestres se compensent presque : le marché revient à peu près à son niveau de fin 2025, il ne s’envole pas.
Il faut ensuite lire la phrase complète de Jon Peddie. La hausse des GPU dédiés est, selon lui, « portée par un mélange de positionnement du côté de l’offre, de chocs de demande artificiels et de dynamiques de marché localisées ». Trois expressions qui décrivent des fabricants qui livrent des puces en prévision de hausses de prix, des acheteurs qui avancent leurs commandes pour la même raison, et des marchés, la Chine et les États-Unis notamment, où la fiscalité et les restrictions déplacent les volumes d’un trimestre à l’autre. Aucune des trois ne décrit un joueur qui a décidé d’acheter une carte graphique parce qu’il en avait envie.
Le rapport processeurs du même cabinet dit la même chose de ses propres chiffres : les volumes de CPU client, +9,4 % au trimestre, reflètent « en partie une reconstitution des stocks des fabricants plutôt qu’une pure force de la demande », après un premier trimestre où l’approvisionnement d’Intel avait été difficile. Les GPU qui accompagnent ces processeurs suivent le même mouvement de stocks. C’est la définition d’une livraison : la puce a quitté AMD, Intel ou Nvidia, elle n’a pas encore rejoint un joueur.
Enfin, le communiqué rappelle sa propre projection de long terme, un taux de croissance annuel moyen de -0,6 % jusqu’en 2029. Un marché dont l’auteur des données prévoit qu’il rétrécira légèrement sur trois ans n’est pas en train de vivre un âge d’or, même quand un trimestre sort au-dessus de la moyenne.
Ce que le rapport de fin septembre devra dire
Jon Peddie Research publie séparément, en fin de trimestre, son rapport sur les cartes graphiques de bureau, avec les parts d’AMD, d’Intel et de Nvidia sur les seules cartes vendues aux assembleurs et au détail. C’est celui qui répondra à la question que tout le monde pose : combien de cartes graphiques ont réellement été livrées, et à qui. Trois données de notre propre suivi donnent une idée de ce qu’il pourrait contenir. PC Partner, qui fabrique pour Zotac, Inno3D et Manli, prévient de pénuries aggravées sur les cartes d’entrée de gamme au second semestre, ce qui signifie que l’offre, pas la demande, contraint le bas du marché. Notre relevé dans dix pays montre des prix en hausse de 15 % en un mois au début de septembre. Et le trimestre en cours, le troisième, est celui où ces hausses seront pleinement dans les étiquettes.
Si le rapport AIB confirme que les volumes de cartes de bureau ont reculé pendant que les GPU dédiés dans leur ensemble progressaient, la lecture du deuxième trimestre sera définitivement celle-ci : les joueurs sur PC portable ont acheté, ou plutôt les fabricants de portables ont acheté pour eux, et les joueurs sur PC de bureau ont attendu. Les prix des mois suivants ne leur ont pas donné tort.
Ce que cet article n’établit pas
Nous n’avons pas accès au rapport complet, vendu 3 000 dollars ; nos chiffres viennent du communiqué du 3 septembre, de ses deux graphiques, et du communiqué sur les processeurs du 18 août, tous publiés par Jon Peddie Research. Les parts de marché lues sur le graphique sont arrondies au point. Le communiqué ne donne pas le nombre absolu de GPU dédiés livrés, seulement leur variation ; les estimations chiffrées qui circulent dans la presse ne viennent pas de JPR et nous ne les reprenons pas. Nous ne comparons aucune carte graphique ni aucun processeur entre eux : les parts de marché sont des volumes de fournisseurs, pas un jugement sur leurs produits. La vidéo de relevé de prix intégrée ci-dessus contient un classement de cartes qui n’engage que son auteur.
Questions fréquentes
Combien de GPU ont été livrés au deuxième trimestre 2026 ?
75,5 millions de processeurs graphiques pour PC, toutes plateformes et tous types confondus, intégrés et dédiés, bureau, portables et stations de travail, selon Jon Peddie Research. C’est 10,4 % de plus qu’au premier trimestre 2026 et 1,1 % de plus qu’au deuxième trimestre 2025.
Les ventes de cartes graphiques ont-elles vraiment augmenté malgré les prix ?
Les livraisons de GPU dédiés ont augmenté de 12,2 % en un trimestre, mais ce chiffre inclut les puces soudées dans les portables, dont le segment progresse de 16,8 %, alors que le bureau recule de 4 %. Le rapport spécifique aux cartes graphiques de bureau est attendu en fin de mois. Jon Peddie attribue lui-même la hausse à du positionnement de l’offre et à des chocs de demande artificiels, pas à un appétit nouveau des joueurs.
Pourquoi Intel a-t-il 56 % du marché des GPU alors qu’il vend peu de cartes graphiques ?
Parce que le décompte inclut les circuits graphiques intégrés aux processeurs. Chaque Core avec graphique intégré compte pour un GPU. C’est aussi pourquoi le taux d’attache est de 120 % : un PC peut embarquer une puce intégrée et une dédiée.
La part d’AMD, passée de 14 à 21 % en un an, signifie-t-elle que les Radeon se vendent mieux ?
Pas nécessairement. Dans ce décompte, la part d’AMD suit surtout ses ventes de processeurs Ryzen avec graphique intégré, qui ont progressé de 12,74 % au trimestre. AMD a par ailleurs annoncé un chiffre d’affaires gaming en recul de 31 % sur un an pour la même période. Le rapport sur les cartes de bureau, à venir, tranchera.
Quelle part des processeurs PC va aujourd’hui dans des ordinateurs de bureau ?
22 % au deuxième trimestre 2026, contre 27 % au trimestre précédent et 29 % un an plus tôt, selon le rapport processeurs de Jon Peddie Research. Les portables représentent les 78 % restants. Le cabinet explique ce recul par un canal DIY faible, les joueurs ayant avancé leurs achats fin 2025 avant les hausses de la mémoire et des SSD.
Sources : Jon Peddie Research, « PC GPU shipments increased 10.4% Q-Q, up 1.1% Y-Y », 3 septembre 2026 (communiqué et graphiques « Total PC GPU Market Share » et « GPU shipments vs. rate ») ; Jon Peddie Research, « Second-quarter client CPU shipments increased 9.4% from last quarter and were down -1.1% from last year », 18 août 2026 (communiqué et graphique « Total Client CPUs ») ; Tom’s Hardware, Anton Shilov, 4 septembre 2026 ; vidéos Jarrod’sTech (4 septembre) et PC Builder (5 septembre), vérifiées le 7 septembre 2026 ; nos articles sur les résultats trimestriels d’AMD, d’Intel et de NVIDIA, sur l’avertissement de PC Partner, sur le relevé de prix de septembre et sur le sondage Steam d’août.
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