Ce qu’il faut retenir : NVIDIA publie ses résultats du deuxième trimestre de son exercice 2027 le mercredi 26 août 2026. L’entreprise a elle-même guidé vers 91 milliards de dollars de chiffre d’affaires, à 2 % près, avec une marge brute annoncée à 74,9 % en normes comptables américaines. Le consensus des analystes tourne autour de 92 milliards et de 2,06 à 2,09 dollars par action. Sur un an, cela représenterait une croissance d’environ 95 %, le trimestre équivalent de l’exercice précédent s’étant établi à 46,7 milliards. Mais le chiffre qui intéresse un acheteur de carte graphique, lui, ne sera pas dans le document. Depuis le trimestre précédent, NVIDIA ne publie plus le chiffre d’affaires du jeu vidéo séparément.
Ce qui a changé, en deux étapes que personne ne raconte
Étape 1 : « Gaming » devient « Gaming and AI »
Le glissement n’a pas été brutal, il s’est fait en deux temps, et c’est cette progressivité qui a permis qu’il passe presque inaperçu.
Jusqu’au quatrième trimestre de l’exercice 2026, NVIDIA présentait quatre divisions : centres de données, « Gaming and AI », visualisation professionnelle, automobile et robotique. Cette formulation était déjà un rapprochement : elle mêlait les cartes GeForce avec l’activité de modèles d’intelligence artificielle, ce qui rendait la lecture du chiffre du jeu vidéo moins nette qu’auparavant. Historiquement, la catégorie s’appelait simplement « Gaming » et recouvrait les cartes de bureau, les portables et les puces graphiques associées.
Étape 2 : tout ce qui n’est pas centre de données part dans un même sac
Le rapport du premier trimestre de l’exercice 2027, publié le 20 mai 2026, franchit un cap. NVIDIA y annonce passer à « un nouveau cadre de publication qui reflète mieux ses moteurs de croissance actuels et futurs ». Concrètement, il ne reste plus que deux segments : les centres de données d’un côté, et « Edge Computing » de l’autre, qui absorbe tout le reste.
| Premier trimestre de l’exercice 2027 (clos le 26 avril 2026) | Montant | Évolution |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 81,6 milliards de dollars | +85 % sur un an, +20 % sur un trimestre |
| Centres de données | 75,2 milliards de dollars | +92 % sur un an, +21 % sur un trimestre |
| Edge Computing | environ 6,4 milliards de dollars | +29 % sur un an, +10 % sur un trimestre |
| Part du total représentée par Edge Computing | moins de 8 % | — |
Ce que contient ce segment de 6,4 milliards est la partie intéressante : les cartes GeForce RTX, le service GeForce NOW, les cartes de station de travail, les PC dits « IA », les puces automobiles, la robotique, les équipements réseau destinés à l’IA et les modèles d’intelligence artificielle. Autrement dit, une voiture autonome, un bras robotisé et votre carte graphique sont désormais comptés dans la même case.
Pourquoi c’est plus qu’un détail comptable
Une série statistique s’arrête
Le point à comprendre est celui-ci : ce n’est pas une information qui manque un trimestre, c’est une série qui s’interrompt définitivement. Pendant environ dix ans, n’importe qui pouvait ouvrir un communiqué trimestriel et lire ce que le jeu vidéo rapportait à NVIDIA. On pouvait mettre ce chiffre en regard des hausses de prix, des lancements de gammes, des pénuries. Il servait d’ancrage à toutes les discussions publiques sur ce que valait réellement la clientèle joueurs pour l’entreprise.
À partir du premier trimestre de l’exercice 2027, cette mesure n’est plus accessible de l’extérieur. Elle n’a pas empiré, elle n’a pas disparu : elle est devenue invisible. Et une croissance de 29 % sur un an pour Edge Computing ne dit strictement rien de GeForce, puisque le même agrégat contient l’automobile, la robotique et les modèles d’IA — trois domaines qui progressent rapidement pour des raisons sans rapport avec le jeu vidéo.
Quatre conséquences concrètes pour l’acheteur
| Conséquence | Ce que cela signifie en pratique |
|---|---|
| Plus de contrepoids chiffré aux hausses de prix | Une hausse de tarif ne peut plus être confrontée publiquement à l’évolution du chiffre d’affaires du segment concerné. L’argument « vous vendez plus cher et vous gagnez plus » n’a plus de support factuel |
| Impossible de mesurer si les hausses passent | On ne saura pas si une augmentation de tarif se traduit par plus de revenus ou par un effondrement des volumes. Le signal le plus utile pour anticiper un retour à la normale disparaît |
| Les arbitrages internes deviennent opaques | Quand une entreprise arbitre sa capacité de production entre plusieurs usages, la publication séparée met une pression au moins symbolique sur les segments délaissés. Sans chiffre, plus de pression |
| Les analystes cessent de poser la question | Une ligne qui n’existe plus dans le rapport n’est plus commentée lors des présentations aux investisseurs. Le sujet sort du champ de la conversation publique |
Ce contexte n’est pas théorique : il tombe au milieu d’une séquence de hausses continue. Le milieu de gamme a encaissé jusqu’à 39 % en deux mois aux États-Unis, et vendre une carte à son prix officiel est devenu une attraction de salon. C’est précisément dans ce contexte que le thermomètre est retiré.
Ce que ce changement ne prouve pas
Il faut être honnête sur les limites de cette lecture, parce que la version dramatique du récit est facile et un peu paresseuse.
NVIDIA n’abandonne pas GeForce. Les cartes RTX continuent d’être lancées, mises à jour et documentées, et la feuille de route logicielle est active — l’entreprise tient d’ailleurs une conférence dédiée aux joueurs le jour même de la veille de ses résultats. Une entreprise qui se désintéresserait de ce marché ne consacrerait pas ce type d’événement à une technologie de rendu.
Le regroupement a aussi une justification réelle. Une carte GeForce ne sert plus uniquement à jouer : elle fait tourner de l’inférence locale, de la génération d’images, des charges d’apprentissage automatique sur poste de travail. La frontière entre une carte de joueur et une carte de calcul s’est effectivement estompée, et une entreprise peut de bonne foi considérer que la découpe historique ne décrit plus son activité. Les technologies sous-jacentes sont partagées entre le jeu, la robotique, l’automobile et l’inférence embarquée.
Enfin, une publication détaillée n’est pas une preuve de vertu, et l’inverse n’est pas une preuve de mauvaise foi. C’est un choix de communication financière, encadré par des règles comptables qui laissent une latitude considérable sur le découpage des segments.
Le contraste qui rend le geste lisible
Il existe pourtant un point de comparaison immédiat, et il est instructif. Le principal concurrent, lui, publie toujours son chiffre du jeu vidéo — et ce chiffre est mauvais.
| Deuxième trimestre 2026 du concurrent (publié début août 2026) | Montant | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 11,5 milliards de dollars | +50 % |
| Centres de données | 6,7 milliards de dollars | +107 % |
| Segment jeu vidéo | 779 millions de dollars | -31 % |
Nous ne comparons évidemment pas les produits des deux entreprises, ni leurs performances : nous comparons leur pratique de publication. D’un côté, un chiffre en recul de 31 %, publié, commenté, et une direction qui reconnaît publiquement que les prix ont pesé sur la demande. Nous avons traité ce trimestre en détail au moment de sa publication. De l’autre, un chiffre qui n’est plus publié du tout.
La conclusion honnête n’est pas « l’un est vertueux, l’autre non ». Elle est plus intéressante : la transparence a un coût, et ce coût est visible. Publier une ligne en recul de 31 %, c’est accepter une journée de titres négatifs. Ne pas la publier, c’est s’en dispenser définitivement. Les deux entreprises font face au même mouvement de fond — le jeu vidéo pèse de moins en moins face à l’IA — et le traitent de deux façons opposées.
La grille de lecture pour demain : quatre chiffres, pas un de plus
Puisque le chiffre du jeu vidéo n’y sera pas, autant savoir quoi lire à la place. Voici ce que nous regarderons, dans cet ordre.
| Indicateur | Pourquoi il compte pour vous | Point de référence |
|---|---|---|
| 1. Edge Computing en valeur absolue | C’est le seul agrégat contenant GeForce. Une progression franche est ambiguë, une stagnation ou un recul l’est beaucoup moins | Environ 6,4 milliards au trimestre précédent |
| 2. Sa part dans le total | Si le total grimpe vers 91 milliards et qu’Edge Computing reste autour de 6 à 7, sa part passe sous les 8 %. C’est ce ratio, pas la valeur absolue, qui décrit le poids réel du grand public | Moins de 8 % au trimestre précédent |
| 3. La marge brute | Elle indique dans quelle mesure les coûts de composants, mémoire en tête, sont absorbés ou répercutés. Une marge tenue malgré une flambée des coûts signifie que quelqu’un paie, et ce n’est pas l’entreprise | 74,9 % annoncés en prévision pour le trimestre |
| 4. Toute mention du coût de la mémoire | C’est le facteur numéro un des hausses actuelles sur les cartes graphiques. Un commentaire de direction sur ce point vaut davantage qu’un chiffre de segment | À surveiller dans la présentation aux investisseurs |
Un cinquième point, plus discret mais utile : la prévision pour le trimestre suivant. Elle porte sur la période qui couvre les fêtes de fin d’année. Si rien n’y évoque le grand public, la réponse à la question « faut-il attendre pour acheter » sera implicitement donnée.
Sur le fond, le décor est connu et il ne s’améliore pas : les pénuries sur l’entrée de gamme sont annoncées comme aggravées pour le second semestre et les hausses ont atteint l’Europe. Le rapport de demain ne changera rien à ces faits. Il dira seulement dans quelle mesure ils sont rentables.
Ce que nous ne savons pas
Les résultats ne sont pas encore publiés. Tous les chiffres cités pour le trimestre à venir sont des prévisions — celles de l’entreprise et celles des analystes — et non des résultats. Ils peuvent être manqués comme dépassés.
Nous ne disposons d’aucun chiffre GeForce postérieur au quatrième trimestre de l’exercice 2026. Toute estimation du chiffre d’affaires actuel du jeu vidéo chez NVIDIA relève de la reconstruction, pas de la mesure, et nous n’en publions aucune.
Nous ne prêtons aucune intention à l’entreprise. Un changement de segmentation comptable peut avoir des motifs opérationnels parfaitement banals. Nous décrivons un effet observable — une information publique qui cesse de l’être — pas un plan.
Questions fréquentes
NVIDIA arrête-t-elle les cartes graphiques pour joueurs ?
Non, et rien dans ce changement ne le suggère. Les cartes RTX continuent d’être commercialisées et la feuille de route logicielle est active. Ce qui change est la présentation financière, pas la gamme de produits.
Que contient exactement le segment « Edge Computing » ?
Les cartes GeForce RTX, le service de jeu en nuage GeForce NOW, les cartes de station de travail, les PC dits « IA », les puces automobiles, la robotique, les équipements réseau destinés à l’IA et les modèles d’intelligence artificielle. C’est précisément parce que l’ensemble est aussi hétérogène qu’aucune conclusion sur le jeu vidéo ne peut en être tirée.
Est-ce légal de regrouper des activités de cette façon ?
Oui. Les règles comptables encadrent la publication par segments mais laissent une latitude importante sur leur définition, notamment lorsqu’une entreprise estime que son découpage interne a évolué. Une réorganisation de ce type est courante et parfaitement régulière.
Le prix des cartes graphiques va-t-il baisser après ces résultats ?
Rien dans un rapport trimestriel ne fait baisser un prix en rayon. Les tarifs actuels dépendent avant tout du coût des composants, mémoire en tête, et de l’allocation de la capacité de production. Un bon trimestre n’a jamais fait baisser un prix de carte graphique, et un mauvais non plus.
Faut-il acheter maintenant ou attendre ?
Cela dépend de votre besoin, pas du calendrier financier. Si votre machine actuelle fait le travail, rien dans la situation présente ne plaide pour un achat d’anticipation : les prix sont hauts et les pénuries annoncées sur l’entrée de gamme. Si vous êtes réellement bloqué, la question n’est pas d’attendre un rapport mais de viser le bon segment de gamme au bon moment.
Sources
- NVIDIA — résultats du premier trimestre de l’exercice 2027 et nouveau cadre de publication (source primaire, 20 mai 2026)
- PCGamesN — le détail du basculement de Gaming vers Edge Computing, 6,4 milliards contre 75,2 (22 mai 2026)
- Guru3D — NVIDIA retire la catégorie Gaming de ses rapports financiers (21 mai 2026)
- AMD — résultats du deuxième trimestre 2026, segment jeu vidéo à 779 millions de dollars (source primaire)
- Tom’s Hardware — le recul de 31 % du segment jeu vidéo et les déclarations de la direction sur les prix
- NVIDIA — GeForce à la Gamescom 2026 et diffusion GeForce On du 25 août (source primaire)
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