Personne ne l’attendait à ce niveau, et sûrement pas si vite. Lors d’une démonstration d’overclocking organisée par Colorful, des barrettes DDR5 équipées de puces du Chinois CXMT ont atteint 8 812 MT/s sur une carte mère AMD X870E — un territoire jusqu’ici réservé aux meilleures puces SK hynix. Le détail qui fait parler les spécialistes : l’exploit a été réalisé sur des modules de 16 Go, le format le plus difficile à pousser à ces fréquences. Pour un fabricant qui n’a présenté ses premières puces DDR5 qu’en novembre 2025 et qui n’a pas accès aux machines de lithographie les plus avancées, le symbole est fort — même s’il faut regarder ce record de démonstration avec le recul qui s’impose.

8 812 MT/s sur AM5 : ce que Colorful a réellement montré

L’information vient d’une exhibition d’overclocking de Colorful, rapportée par Tom’s Hardware et Wccftech. Les kits iGame Shadow II DDR5-6000 C34 de la marque, construits sur des puces CXMT, ont été poussés à DDR5-8812 en configuration 32 Go (2 × 16 Go) et à DDR5-8817 en 48 Go (2 × 24 Go), sur la carte mère iGame X870E Vulcan W OC de Colorful, un modèle à deux slots DIMM pensé pour l’overclocking mémoire sur socket AM5.

Un bémol de transparence, relevé par Tom’s Hardware : les captures d’écran fournies par Colorful étaient trop floues pour lire les timings et la tension appliqués. À titre de repère, les kits DDR5-8800 haut de gamme du commerce tournent généralement autour de 42-55-55-140 sous 1,45 V. Impossible donc de savoir si ces puces CXMT tiennent la comparaison sur la latence — seulement qu’elles atteignent la fréquence.

Pourquoi le faire sur des modules 16 Go est un exploit

Sur le marché actuel, la quasi-totalité des kits DDR5-8600 et plus rapides utilisent des modules de 24 Go, construits sur les puces SK hynix M-die de 24 Gb (3 Go). Produites sur le nœud 1a (~14 nm) avec lithographie EUV, ces puces sont devenues la référence des kits extrêmes grâce à leur densité, leur efficacité énergétique et leur capacité à monter en fréquence. Atteindre 8 800 MT/s sur des modules de 16 Go est nettement plus difficile — et c’est précisément ce que Colorful a obtenu avec les puces 2 Go de CXMT, qui se retrouvent ainsi à jouer dans la même cour que les A-die et M-die de SK hynix sur ce critère précis de la fréquence maximale.

Pas d’EUV, pas le choix : le tour de force industriel derrière le record

Ce qui rend la performance remarquable, c’est le handicap technologique de départ. Frappé par les restrictions d’exportation américaines, CXMT n’a pas accès aux machines de lithographie EUV d’ASML et grave ses puces DDR5 sur un nœud 16 nm en DUV — une classe de procédé comparable aux nœuds 1z (~14-15 nm) que les trois géants utilisaient il y a plusieurs années. Le fabricant développe un nœud 1a, toujours en DUV, mais il n’est pas prêt. CXMT court donc avec quelques années de retard technologique, et compense par le volume et l’itération rapide.

CXMT « Big Three » (SK hynix, Samsung, Micron)
Accès aux machines EUV Non (restrictions américaines) Oui
Nœud utilisé pour la DDR5 16 nm en DUV (classe 1z) Jusqu’à 1a/1b (~12-14 nm) en EUV
Premières puces DDR5 Novembre 2025 2020-2021
Rang mondial mémoire 4e 1er, 2e, 3e

La dynamique commerciale suit : les grandes marques chinoises Asgard, Colorful, Gloway et KingBank utilisent massivement des puces CXMT, Corsair y a recouru ponctuellement, et HP, Asus et Acer glissent déjà de la RAM CXMT dans certains PC portables hors marché américain. Fraîchement introduit en bourse, le fabricant a vu son action bondir de 466 % et a levé plus de 8,6 milliards de dollars pour construire des usines à travers la Chine, avec un objectif affiché : prendre 30 % du marché mondial aux trois géants d’ici 2030.

Les limites que le record ne montre pas

Un record de salon n’est pas un produit. Des tests indépendants menés plus tôt cette année, notamment par l’overclockeur Safedisk et relayés par Tom’s Hardware, dressaient un portrait plus nuancé : une variance importante d’un lot de puces à l’autre, un scaling en tension quasi inexistant — monter le voltage n’améliore presque rien — et des sous-timings difficiles à optimiser. Un kit KingBank DDR5-6000 avait tout de même atteint 8 600 MT/s, signe que le potentiel existe, mais la loterie du silicium reste bien plus marquée que chez SK hynix.

Autrement dit : les puces CXMT peuvent briller entre les mains d’une équipe d’overclocking avec des échantillons triés, sans garantie que le kit acheté en boutique en fasse autant. La maturité produit — fiabilité long terme, SAV, constance — reste le vrai chantier du fabricant chinois.

Ce que ça change — et ne change pas — pour votre PC gamer

Première précision, importante : la RAM CXMT n’est pas moins chère. Comme nous le relevions au sujet des portables HP, Asus et Acer, ses modules suivent les prix du marché ; leur intérêt est la disponibilité, pas le tarif. La demande intérieure chinoise (Huawei, Xiaomi et consorts) absorbe déjà l’essentiel des volumes, et la pénurie a ramené les prix de la RAM au niveau de 2007 sans qu’aucun acteur n’ait intérêt à casser les prix. SK hynix ne prévoit d’ailleurs pas de retour à la normale avant 2030.

À moyen terme, en revanche, chaque gigaoctet produit par CXMT soulage un marché où même Apple fait la queue pour la mémoire. Et l’écosystème s’organise : MSI a validé la DDR5-8200 sur ses cartes mères AM5 à deux slots pour la mémoire CXMT via de nouveaux BIOS, Gigabyte l’a poussée à 8 200 MT/s sur AM5 de son côté, et Asus a suivi. Si des kits à puces CXMT arrivent en volume en Europe, ils seront une option de disponibilité crédible — à condition de tempérer ses ambitions d’overclocking. En attendant, notre stratégie d’upgrade face à la pénurie reste inchangée : n’acheter de la RAM que sous contrainte réelle.

FAQ — RAM CXMT et DDR5-8800 : vos questions

Peut-on acheter de la RAM CXMT en France aujourd’hui ?

Difficilement en tant que telle. Les marques qui utilisent massivement des puces CXMT (Asgard, Gloway, KingBank, une partie du catalogue Colorful) sont surtout distribuées en Asie. En Europe, on trouve ponctuellement des références importées, et certains kits de grandes marques — Corsair notamment — ont intégré des puces CXMT sans forcément l’afficher. Vérifiez les fiches techniques et les numéros de lot si l’origine des puces vous importe.

La RAM à puces CXMT est-elle moins chère ?

Non. Les modules CXMT s’alignent sur les prix du marché, portés par la pénurie mondiale et une demande intérieure chinoise massive. Leur avantage est d’exister et d’être disponibles, pas de coûter moins cher — c’est déjà ce qui pousse HP, Asus et Acer à en intégrer dans certains portables.

Mon kit CXMT peut-il atteindre 8 800 MT/s comme dans la démonstration ?

C’est très improbable. Le record de Colorful a été obtenu avec des échantillons sélectionnés, sur une carte mère d’overclocking à deux slots, par une équipe spécialisée — et les timings exacts n’ont pas été communiqués. Les tests indépendants montrent une forte variance entre les lots et un scaling en tension quasi nul : la plupart des kits CXMT du commerce plafonnent bien avant.

Ma carte mère AM5 supporte-t-elle la mémoire CXMT ?

De mieux en mieux. MSI, Gigabyte et Asus ont publié des BIOS validant la mémoire à puces CXMT sur leurs cartes AM5, jusqu’à DDR5-8200 sur les modèles à deux slots DIMM chez MSI. Consultez la QVL (liste de compatibilité mémoire) de votre carte et installez le dernier BIOS avant tout achat.

CXMT peut-elle faire baisser les prix de la RAM ?

Pas à court terme. Le fabricant vise 30 % du marché mondial d’ici 2030 et construit des usines à un rythme soutenu, mais ses volumes partent aujourd’hui en priorité vers les marques chinoises, aux prix du marché. La détente des prix dépendra surtout du reflux de la demande des centres de données IA — qu’aucun analyste ne place avant la fin de la décennie.

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