C’est un tournant discret mais historique dans la crise de la mémoire : selon Nikkei Asia, HP, Asus et Acer ont commencé à intégrer de la DRAM du Chinois CXMT dans certains de leurs PC portables. Les volumes seraient « très limités », les modèles concernés vendus hors des États-Unis — et, détail qui dit tout de l’état du marché, cette mémoire ne serait même pas moins chère que celle de Samsung. Les géants du PC n’achètent pas chinois pour économiser : ils achètent ce qu’ils trouvent.
Ce que révèle le rapport de Nikkei Asia
D’après Tom’s Hardware, qui relaie le rapport de Nikkei Asia, « de nombreux » grands fabricants de PC ont récemment achevé le processus de qualification de la DRAM de CXMT (ChangXin Memory Technologies) et « ont commencé à en utiliser une quantité limitée dans leurs ordinateurs portables ». Les sources du média japonais citent nommément HP, Asus et Acer, avec deux garde-fous : un nombre « très limité » de puces, dans un petit nombre de modèles, et aucun de ces portables ne serait destiné au marché américain. Le Taïwanais Digitimes confirme la même information.
Le moteur de cette bascule est connu de nos lecteurs : une pénurie de mémoire qualifiée de « sans précédent », provoquée par l’aspiration de la production de DRAM vers les serveurs IA. Les trois grands — Samsung, SK hynix, Micron — auraient des carnets de commandes pleins jusqu’en 2027, et le PDG de SK hynix ne voit pas de retour à la normale avant 2030.
Pas moins chère, juste disponible : la phrase qui résume la crise
Le passage le plus frappant du rapport tient en une citation d’une source de Nikkei : « leur DRAM n’est certainement pas moins chère que celle de Samsung ». Contrairement à l’image d’une mémoire chinoise low-cost, les puces CXMT se négocieraient au prix du marché — un marché où les prix de la RAM ont augmenté de 400 % ou plus en douze mois selon Tom’s Hardware. L’adoption par HP, Asus et Acer ne relève donc pas de l’optimisation de coûts, mais de la sécurisation pure et simple d’un approvisionnement.
C’est cohérent avec ce que nous observions dans les résultats records de Samsung : quand la mémoire devient la ressource rare, même les plus gros acheteurs mondiaux font la queue. Et quand la file est trop longue, ils cherchent un quatrième guichet.
Pourquoi tant de prudence autour de CXMT
Si les volumes restent aussi limités et si personne ne communique officiellement, c’est que le sujet est politiquement explosif. CXMT figure sur la liste du Pentagone des entreprises liées à l’armée chinoise, et des parlementaires américains font pression pour un placement pur et simple sur liste noire, y compris dans les chaînes d’approvisionnement des pays alliés. D’où la précaution centrale du rapport : pas de puces CXMT dans les machines vendues aux États-Unis.
Les sources de Nikkei ajoutent une seconde raison, plus commerciale : ne pas froisser Samsung, SK hynix et Micron, dont les fabricants de PC dépendront encore pendant des années. Utiliser CXMT à petites doses, c’est envoyer un signal — « nous avons une alternative » — sans provoquer les fournisseurs historiques.
CXMT, quatrième acteur d’un marché verrouillé depuis vingt ans
Pour mesurer le chemin parcouru : introduite fin juillet à la Bourse de Shanghai, CXMT a levé environ 8,6 milliards de dollars et vu son titre bondir de 466 % le premier jour, selon Tom’s Hardware. L’entreprise concentre ses investissements sur la DRAM classique — DDR5 comprise — plutôt que sur la HBM des accélérateurs IA, ce qui en fait mécaniquement un recours pour le marché PC. Sa mémoire est déjà apparue côté grand public dans des kits Corsair Vengeance DDR5, et Gigabyte a annoncé le support officiel des modules CXMT sur ses cartes mères AM5 jusqu’à 8 200 MT/s.
Signe supplémentaire que la demande d’un quatrième fournisseur est réelle : Apple ferait pression sur Washington pour obtenir le droit d’acheter de la DRAM CXMT, d’après Tom’s Hardware. Quand le client le plus puissant du monde plaide pour acheter chinois, c’est que la pénurie a durablement redistribué les rapports de force.
Ce que ça change (et ne change pas) pour votre PC gamer
À court terme : rien, ou presque. Les volumes CXMT sont trop faibles pour détendre les prix, et la société aligne ses tarifs sur le marché. Si vous achetez un portable gaming hors États-Unis dans les prochains mois, la probabilité de tomber sur de la DRAM chinoise reste faible — et cela n’aurait de toute façon aucune conséquence pratique visible, les modules étant qualifiés par les fabricants comme n’importe quelle autre mémoire.
À moyen terme, en revanche, l’arrivée d’un quatrième producteur de DRAM est l’une des rares bonnes nouvelles structurelles de cette crise : de la capacité supplémentaire qui ne dépend pas des arbitrages IA des trois grands. Les analystes que nous citions dans notre stratégie d’upgrade face à la pénurie ne voient pas d’accalmie avant fin 2027 — la montée en puissance de CXMT est précisément l’un des facteurs qui pourraient l’accélérer. D’ici là, la règle reste inchangée : la RAM se paie au prix fort, et la facture remonte jusqu’aux cartes graphiques.
FAQ — DRAM CXMT dans les PC portables : vos questions
Qu’est-ce que CXMT exactement ?
ChangXin Memory Technologies est le premier fabricant chinois de DRAM. Longtemps cantonné au marché intérieur avec des puces d’ancienne génération, il produit désormais de la DDR5 et vise une part significative du marché mondial. Son introduction en Bourse à Shanghai fin juillet 2026 a levé environ 8,6 milliards de dollars.
HP, Asus et Acer l’ont-ils confirmé officiellement ?
Non. L’information vient de sources de Nikkei Asia « proches du dossier », relayées par Tom’s Hardware et Digitimes. Aucun des trois fabricants n’a commenté publiquement — un silence logique vu la sensibilité politique du sujet et les relations avec les fournisseurs historiques.
La mémoire CXMT est-elle fiable ?
Les fabricants de PC font passer à chaque fournisseur un processus de qualification technique avant intégration, et c’est précisément cette étape que HP, Asus et Acer auraient achevée selon le rapport. Côté DIY, des modules CXMT sont déjà vendus dans des kits de marques établies comme Corsair, et Gigabyte les valide jusqu’à 8 200 MT/s sur AM5.
Pourquoi les PC équipés de puces CXMT évitent-ils les États-Unis ?
CXMT est inscrite sur la liste du Pentagone des entreprises liées à l’armée chinoise, et des élus américains militent pour son placement sur liste noire commerciale. Vendre des machines équipées de ses puces sur le sol américain exposerait les fabricants à un risque réglementaire et politique qu’ils préfèrent éviter.
Est-ce que ça va faire baisser le prix de la RAM ?
Pas à court terme : les volumes sont minimes et CXMT vend au prix du marché. À horizon 2027-2028, en revanche, sa capacité supplémentaire est l’un des facteurs susceptibles d’accélérer la sortie de crise, aux côtés des nouvelles usines des trois grands. Aucun analyste sérieux ne promet toutefois de retour aux prix de 2024.
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