Le 4 septembre vers 23 h 30 UTC, un membre de HardForum connu sous le pseudonyme erek a posté deux photos d’un connecteur 16 broches carbonisé, avec ce commentaire : sa carte venait de « cuire » pendant qu’il jouait à NBA 2K27 avec DLSS 5 activé, la consommation dépassant 600 W. La carte est une MSI GeForce RTX 5090 Gaming Trio OC, dont MSI annonce 575 W. La capture GPU-Z partagée ensuite affiche 613,5 W de puissance maximale de la carte. C’est, à notre connaissance, le premier connecteur 12V-2×6 fondu rapporté pendant une session de rendu neuronal, cinq jours après le lancement officiel de la technologie.

Un seul cas ne démontre rien, et nous y reviendrons. Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est qu’elle arrive au terme d’une semaine où trois mesures faites par des gens qui ne se connaissent pas ont décrit le même phénomène : quand DLSS 5 est actif, une RTX 5090 ne consomme pas seulement un peu plus, elle consomme tout ce que sa limite autorise, en permanence. Le connecteur 12V-2×6, lui, n’a jamais été conçu pour répartir le courant entre ses broches. La combinaison des deux mérite qu’on la lise attentivement.

Trois mesures qui ne se connaissent pas et qui disent la même chose

La première vient de Tom’s Hardware, publiée le 2 septembre par Jeffrey Kampman, la veille du lancement officiel, à partir du modèle DLSS 5 injecté via OptiScaler. Sur une RTX 5090 Founders Edition, en 4K avec DLSS Performance, sans génération d’images, la consommation passe de 482 à 551 W dans Cyberpunk 2077 en path tracing, tourne autour de 547 W dans Hogwarts Legacy et bute sur 563 à 575 W dans Control. La conclusion de l’auteur tient en trois mots : la carte est « practically power-limited ». Elle ne dépasse pas sa limite, elle s’y colle.

Pour savoir ce que le modèle demanderait s’il n’était pas bridé, Tom’s Hardware a refait les mêmes mesures sur une MSI RTX 5090 Lightning Z, une carte à deux connecteurs 12V-2×6 dont le BIOS extrême autorise 1 000 W. Là, DLSS 5 fait monter la consommation de 580 à 723 W dans Cyberpunk 2077, de 480 à 720 W dans Hogwarts Legacy et de 691 à 802 W dans Control. Tom’s Hardware en tire que la carte à connecteur unique est « probablement retenue » par sa limite de puissance, et que le modèle « avalera volontiers des centaines de watts de plus » dès qu’on les lui offre. Nous reprenons ces chiffres comme les siens ; nous n’avons pas mesuré ces cartes.

La deuxième mesure est celle d’un autre membre de HardForum, Sycraft, qui a injecté DLSS 5 dans Hitman 3 sur sa propre RTX 5090 le 5 septembre. Même scène, avant et après : 435 W puis 520 W, et surtout un courant maximal par broche qui passe de 5,75 à 7,06 A, relevé par le monitoring intégré de sa carte. Le framerate passe de 217 à 122 images par seconde avec génération d’images 2x. Sa lecture est prudente : l’augmentation est nette, mais 7,06 A reste dans le budget par broche, et il recommande d’abord l’undervolt.

La troisième est le témoignage d’un utilisateur d’une PNY RTX 5090, dès le 2 septembre, dans un jeu qu’il nomme « Resonance » en 4K réglages ultra : framerate divisé par deux, fréquence de boost qui tombe de 2,8 à 2,45 GHz et carte « presque constamment » proche de 600 W, le plafond de son modèle. Ce n’est pas une mesure au sens strict, mais c’est la même signature : une carte qui n’a plus de marge et qui la cherche en baissant sa fréquence.

Ces trois observations sont cohérentes avec ce que NVIDIA avait fini par chiffrer avant le lancement et avec les premiers tests du jour J : DLSS 5 a un coût fixe par image, indépendant des réglages, et ce coût est du calcul tensoriel dense. Sur une carte déjà proche de sa limite en path tracing, ce calcul supplémentaire ne se traduit pas par des watts en plus, il se traduit par une limite atteinte et tenue.

Pourquoi « tenir 600 W » n’est pas la même chose que « toucher 600 W »

La précision qui compte dans le récit d’erek n’est pas 613 W, c’est « sans pics ni creux ». Dans le fil DLSS 5 de HardForum, il décrit une consommation qui reste « solidement au-dessus de 610 W » pendant la partie, contre « plus près de 450 W, et variable » sans DLSS 5. Un rendu classique fait osciller la carte au rythme des scènes ; un modèle de diffusion exécuté sur chaque image la maintient à plat, au plafond.

Pour un connecteur, la différence est physique. À 600 W sous 12 V, les six broches d’alimentation d’un 12V-2×6 se partagent 50 A, soit un peu plus de 8 A chacune si la répartition est parfaite, pour des contacts spécifiés à 9,5 A. Cette répartition n’est pas garantie : sur une RTX 5090, les six broches arrivent sur un même rail et la carte n’a aucun moyen de savoir si l’une d’elles conduit plus que les autres. Un contact légèrement plus résistant reçoit moins de courant, les autres en reçoivent plus, et l’échauffement du contact le plus chargé augmente avec le carré du courant. Un pic de 600 W pendant une demi-seconde laisse le temps au plastique de refroidir ; un plateau de 600 W pendant une heure ne le laisse pas.

C’est exactement ce que Hardware Unboxed a filmé le 2 septembre, sans DLSS 5, sur une ASUS ROG Astral RTX 5090 alimentée par une be quiet! Dark Power 13 : un câble qui atteint 150 puis 175 degrés à la caméra thermique, un WireView Pro de Thermal Grizzly qui affiche certains conducteurs à zéro ampère et un autre autour de 22 A, et finalement des dégâts du côté de l’alimentation, le câble soudé dans la prise de la Dark Power 13 au point de devoir être retiré à la pince. Le connecteur de la carte, lui, était intact. La chaîne note que Thermal Grizzly est un annonceur de la chaîne.

Le déséquilibre, pas la moyenne, est donc le paramètre qui décide. Et DLSS 5 ne crée pas de déséquilibre : il le rend permanent en supprimant les respirations pendant lesquelles un contact chaud pouvait se refroidir. C’est en ce sens que le rendu neuronal est un banc de charge involontaire, ce que VideoCardz avait suggéré dès le 2 septembre avant de recevoir le rapport d’erek.

Ce que le cas erek établit, et ce qu’il n’établit pas

Il faut être honnête sur la solidité du témoignage. D’abord, la lecture. La capture GPU-Z montre la valeur maximale de la puissance de la carte, et un autre membre du forum, GoldenTiger, objecte à juste titre qu’un maximum n’est pas une moyenne et qu’une carte au BIOS limité « ne devrait pas dépasser 600 W ». Erek répond que la courbe restait au-dessus de 610 W dans la durée. Nous n’avons que sa parole et une capture ; nous n’avons pas la courbe. Ensuite, 613,5 W est la puissance totale de la carte, dont jusqu’à 75 W peuvent transiter par le port PCI Express : le connecteur lui-même a pu voir un peu moins.

Ensuite, le câblage. Un membre du fil remarque sur les photos qu’erek utilisait l’adaptateur fourni plutôt qu’un câble natif de son alimentation. Ce n’est pas une faute, et des câbles natifs ont fondu aussi, mais un adaptateur ajoute des points de contact et donc des occasions de déséquilibre. Erek précise avoir « tout fait tourner d’origine, matériel et logiciel », ce qui devrait rendre une prise en garantie difficile à refuser.

Enfin, la statistique. Des RTX 5090 ont fondu avant DLSS 5, chez des utilisateurs comme chez des testeurs, et VideoCardz le rappelle avec raison : le rendu neuronal « a pu contribuer », il n’est pas prouvé qu’il soit la cause. Ce qu’on peut dire sans forcer, c’est que la première technologie qui maintient une RTX 5090 à sa limite pendant des heures de jeu vient d’arriver dans le seul jeu officiellement compatible, qu’elle est en train d’être injectée dans des dizaines d’autres par les mods dont nous parlions hier, et que le connecteur n’a pas changé.

Ce qui protège vraiment : la broche, pas la moyenne

Puisque le danger est le déséquilibre, la protection utile est celle qui regarde chaque broche. Nous avions détaillé fin août les garde-fous qui passent du bricolage à la fonction d’usine : câble Corsair à coupure thermique à 65 degrés, cartes ASUS Astral qui mesurent chaque conducteur et peuvent arrêter le PC en cas de dépassement, alimentations MSI de la série Ai avec surveillance par broche intégrée. Dans le fil HardForum, plusieurs membres citent aussi le WireView Pro II de Thermal Grizzly, et un utilisateur avait codé 12VHPWR Guard, une application gratuite qui éteint la machine dès qu’une broche dépasse 9,5 A pendant quinze secondes. Ces outils n’ont de sens que sur les cartes qui exposent la mesure par broche ; sur les autres, on est aveugle.

Deuxième levier, cité par tous ceux qui ont mesuré : l’undervolt. Sycraft l’écrit en majuscules, un autre membre y ajoute que sur sa carte la baisse de tension réduit la consommation « sans perte de performance notable ». Sur une charge à plateau comme DLSS 5, réduire la tension revient à abaisser tout le plateau, donc le courant de chaque broche.

Troisième levier, le câble lui-même : un câble natif de l’alimentation, sans adaptateur, bien enfoncé, sans courbure près de la prise. C’est la recommandation la plus répétée du fil et la moins coûteuse. Et à plus long terme, la réponse structurelle reste celle que nous décrivions à la Gamescom : 600 W directement par la carte mère, sans câble du tout.

La question qui se pose à NVIDIA

Quand une option graphique ajoute 70 W sur une carte à sa limite et jusqu’à 240 W sur une carte qui a de la marge, on est en droit de se demander si elle ne devrait pas être accompagnée d’un avertissement, comme le sont certaines options d’overclocking. NVIDIA n’a pas réagi aux précédents rapports de connecteurs fondus ; il n’y a aucune raison de penser que ce cas changera sa communication. Mais l’argument change de nature : jusqu’ici, atteindre 600 W en continu demandait un banc de test ou un mineur ; désormais il suffit d’un menu d’options dans un jeu de basket.

Pour les joueurs, la conclusion pratique est simple et un peu frustrante. Sur une RTX 5090 à un seul connecteur, DLSS 5 ne fera pas exploser la consommation, il la maintiendra au maximum ; ce n’est pas plus dangereux qu’un stress test, mais ce n’est pas moins non plus, et peu de gens laissent tourner un stress test trois heures par soir. Sur les cartes de moindre puissance, la marge est plus grande, mais le mécanisme est le même. À 4 500 dollars la carte, la surveillance par broche cesse d’être un gadget.

Ce que cet article n’établit pas

Nous n’avons pas mesuré nous-mêmes la consommation d’une RTX 5090 avec DLSS 5 ; les chiffres viennent de Tom’s Hardware (test publié, méthode décrite) et de deux membres de HardForum (captures et relevés, non vérifiables par nous). Nous n’établissons pas que DLSS 5 est la cause du connecteur fondu d’erek : c’est un cas unique, avec un adaptateur, et d’autres RTX 5090 ont fondu sans DLSS 5. Nous ne comparons pas les cartes entre elles : les deux RTX 5090 du test de Tom’s Hardware sont décrites par leur limite de puissance, et les écarts de performance que Tom’s Hardware relève entre elles ne sont pas repris ici. Nous n’avons pas de canal auprès de NVIDIA ou de MSI ; si l’un ou l’autre publie une réponse, cet article sera mis à jour.

Questions fréquentes

DLSS 5 fait-il dépasser la limite de puissance d’une carte graphique ?

Non. La limite fixée par le BIOS reste appliquée. Ce que montrent les mesures, c’est que DLSS 5 amène la carte à cette limite et l’y maintient de façon continue, là où un rendu classique la faisait osciller en dessous. Le cas d’erek, 613,5 W lus par GPU-Z sur une carte annoncée à 575 W, est contesté sur le forum comme une lecture de valeur maximale, pas une moyenne.

Combien de watts DLSS 5 ajoute-t-il réellement ?

Cela dépend de la marge disponible. Sur une RTX 5090 Founders Edition déjà proche de 575 W, Tom’s Hardware a mesuré +69 W dans Cyberpunk 2077 (482 à 551 W). Dans Hitman 3, un utilisateur a relevé +85 W (435 à 520 W). Sur une carte dont la limite est relevée à 1 000 W, Tom’s Hardware a mesuré +143 W, +240 W et +111 W selon le jeu, jusqu’à 802 W au total.

Un câble ou un adaptateur peut-il fondre à 600 W s’il est correctement branché ?

Oui, si le courant se répartit mal entre les broches. Le connecteur 12V-2×6 n’équilibre pas le courant et une RTX 5090 ne peut pas détecter une broche surchargée. Hardware Unboxed a filmé le 2 septembre un câble à 175 degrés avec un conducteur à environ 22 A et d’autres à zéro, sur un câble déclaré correctement inséré, sans DLSS 5.

Comment se protéger si l’on veut utiliser DLSS 5 sur une RTX 5090 ?

Utiliser un câble natif de l’alimentation plutôt qu’un adaptateur, abaisser la tension du GPU (undervolt), et surveiller le courant par broche quand la carte ou l’alimentation le permet : cartes ASUS Astral, alimentations MSI Ai, accessoire WireView Pro, câble Corsair à coupure thermique, ou l’application 12VHPWR Guard. Une surveillance de la puissance totale ne suffit pas.

Ce problème concerne-t-il aussi les autres cartes RTX 50 ?

Le mécanisme est identique, mais la marge est plus grande : une carte limitée à 300 ou 360 W met ses broches bien en dessous de leur courant nominal, même à plat. Les rapports de connecteurs fondus concernent presque exclusivement des cartes à 575 W et plus. DLSS 5 y ajoutera le même coût fixe, mais le plateau restera loin des 600 W du connecteur.

Sources : fils HardForum « RTX 5090 FE Molten 12VHPWR » (pages 14 à 16, 4 et 5 septembre 2026) et « DLSS 5 (Generative AI) » (pages 21 et 22, 2 au 6 septembre 2026) ; VideoCardz, « First user reports RTX 5090 with melted connector after testing DLSS 5 », 6 septembre 2026, et « Hardware Unboxed becomes latest media outlet with melted RTX 5090 connector », 2 septembre 2026 ; Tom’s Hardware, Jeffrey Kampman, « We explored early DLSS 5 performance with community mods, and the limits of the 12V-2×6 power connector may hold it back on the RTX 5090 », 2 septembre 2026 ; vidéos Hardware Unboxed (2 septembre) et Daniel Owen (3 septembre), vérifiées le 7 septembre 2026 ; nos articles précédents sur le coût de DLSS 5 et sur les protections du connecteur 12VHPWR.

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