Ce qu’il faut retenir : NVIDIA a publié le 26 août 2026, après la clôture américaine, les résultats de son deuxième trimestre d’exercice 2027, clos le 26 juillet. Chiffre d’affaires record de 96,221 milliards de dollars, en hausse de 106 % sur un an. Nous avions publié la veille les quatre chiffres à regarder quand on achète une carte graphique, faute de ligne « Gaming » encore publiée. Les voici, avec leur source primaire. Et nous devons une correction sur l’un d’eux.

Les quatre chiffres que nous avions demandés

1. Edge Computing en valeur : 7,198 milliards de dollars

C’est le segment qui contient les GeForce RTX depuis la refonte comptable du premier trimestre. Il progresse de 13 % sur un trimestre et de 27 % sur un an. Rappelons ce qu’il contient en plus des cartes graphiques grand public : stations de travail, PC dits « IA », automobile, robotique et modèles d’intelligence artificielle. Une croissance de 27 % ne dit donc toujours rien de précis sur GeForce.

2. Sa part du total : 7,5 %, en recul continu

Le calcul est immédiat et c’est celui qui raconte le plus.

Trimestre Edge Computing Chiffre d’affaires total Part du total
T2 exercice 2026 (clos le 27 juillet 2025) 5,647 milliards 46,743 milliards 12,1 %
T1 exercice 2027 (clos le 26 avril 2026) 6,369 milliards 81,615 milliards 7,8 %
T2 exercice 2027 (clos le 26 juillet 2026) 7,198 milliards 96,221 milliards 7,5 %

Le segment grossit en valeur absolue et rétrécit en proportion : il pesait un huitième de l’entreprise il y a un an, il en pèse un treizième aujourd’hui. Le reste, 89,023 milliards, vient des centres de données, en hausse de 117 % sur un an.

3. La marge brute : 75,0 %, et une trajectoire annoncée jusqu’à 71-72 %

Marge brute de 75,0 % en normes comptables américaines comme en normes ajustées, soit 0,1 point de plus qu’au trimestre précédent et 2,6 points de plus qu’un an plus tôt. C’est la partie confortable. La suite l’est moins, et elle est annoncée par l’entreprise elle-même.

Période Marge brute Statut
T2 exercice 2027 75,0 % Réalisé
T3 exercice 2027 74,0 %, à 50 points de base près Prévision officielle du communiqué
T4 exercice 2027 71 à 72 % Point bas annoncé lors de la conférence téléphonique
Exercice 2028 72 à 73 % Stabilisation annoncée « à mesure que les hausses de prix produisent leur effet »

Quatre points de marge perdus en deux trimestres, chez une entreprise dont le chiffre d’affaires double sur un an : ce n’est pas un problème de demande, c’est un problème de coût d’achat. Et la formule employée pour la remontée de l’exercice 2028 mérite d’être lue lentement. Ce n’est pas « les coûts vont baisser », c’est « les hausses de prix vont produire leur effet ».

4. La mention du coût de la mémoire : 279 milliards de dollars d’engagements

C’est le chiffre le plus spectaculaire du document, et il figure noir sur blanc dans le commentaire de la directrice financière : « Nos engagements sont passés de 119 milliards de dollars au trimestre dernier à 279 milliards, principalement liés à l’approvisionnement en mémoire. »

Le tableau des engagements futurs détaille la ligne « approvisionnement et capacité » : 92 milliards sur le reste de l’exercice 2027, 87 milliards sur 2028, 88 milliards sur 2029, puis une extinction rapide. Autrement dit, NVIDIA a sécurisé sa mémoire pour environ trois ans, et a plus que doublé la facture correspondante en un seul trimestre.

La conférence téléphonique a ajouté le vocabulaire : l’entreprise décrit des conditions de prix « extrêmes » sur la mémoire, indique que l’ampleur de la hausse a dépassé ses propres prévisions et qu’elle devrait encore s’accentuer l’an prochain, et précise que la tension d’approvisionnement restera un goulet d’étranglement au moins jusqu’à l’exercice 2028. Ce constat rejoint exactement ce que nous documentons depuis des mois, de la RAM revenue à son prix de 2007 à Apple qui fait la queue pour ses propres puces.

La correction que nous devons : la ligne « Graphics » existe toujours

Nous avions écrit la veille qu’une série statistique s’interrompait définitivement. C’est vrai pour la ligne « Gaming », qui n’existe plus. C’est faux pour toute mesure de l’activité graphique, et nous le corrigeons ici plutôt que de laisser passer.

Le commentaire de la directrice financière publie en réalité deux découpages différents. Le premier, « chiffre d’affaires par plateforme de marché », est celui que tout le monde reprend : centres de données et Edge Computing. Le second, moins commenté, est le découpage par segments à publier, une obligation comptable distincte, et il contient une ligne nommée « Graphics ».

Segments à publier T2 exercice 2027 T1 exercice 2027 T2 exercice 2026 Un an
Compute and Networking 88,299 milliards 74,550 milliards 41,331 milliards +114 %
Graphics 7,922 milliards 7,065 milliards 5,412 milliards +46 %

Ce n’est pas la ligne « Gaming » : le segment « Graphics » englobe historiquement les GeForce, les cartes professionnelles, la virtualisation et l’infodivertissement automobile. Mais c’est un indicateur plus proche du jeu vidéo que ne l’est Edge Computing, et il est publié chaque trimestre. Notre affirmation de la veille était donc trop absolue : la mesure est devenue plus grossière, elle n’a pas disparu. À 8,2 % du chiffre d’affaires total contre 11,6 % un an plus tôt, elle raconte d’ailleurs la même histoire de dilution.

La phrase que personne ne va citer

Elle est enfouie au milieu du paragraphe sur Edge Computing, elle fait une ligne, et c’est de très loin l’information la plus directement utile de tout le document pour un joueur. NVIDIA explique la croissance du segment par les bonnes ventes de stations de travail Blackwell, « partiellement compensées par un ralentissement des ventes de PC grand public, freinées par des prix élevés de la mémoire et des systèmes ».

Prenons la mesure de ce qui vient d’être écrit. Ce n’est pas un analyste, ce n’est pas un fabricant de barrettes, ce n’est pas une estimation de cabinet : c’est la directrice financière de NVIDIA qui inscrit dans un document déposé auprès du régulateur boursier américain que le prix de la mémoire a fait reculer les ventes de PC grand public. La pénurie a cessé d’être un sujet de forum, elle est devenue une ligne d’explication comptable.

Et ce n’est pas la première fois cet été. Le 5 août, nous rapportions que la dirigeante d’AMD reconnaissait publiquement que le prix des cartes graphiques cassait la demande, dans un trimestre par ailleurs record. Les deux concepteurs de cartes graphiques ont donc désormais écrit, à trois semaines d’intervalle et chacun dans ses propres documents, que leurs clients joueurs achètent moins parce que c’est trop cher. Ce n’est plus une hypothèse de presse.

Deux conséquences pratiques en découlent, et elles vont dans des directions opposées. La première : si les volumes reculent, la tentation de compenser par les prix unitaires augmente, et la phrase sur « les hausses de prix qui produisent leur effet » à l’exercice 2028 s’éclaire. La seconde, plus encourageante : un ralentissement des ventes est le seul signal qu’un fabricant comprend vraiment. Une clientèle qui n’achète pas est un argument que ni un communiqué ni une pétition ne remplacent.

Ce que cela change pour le prix de votre prochaine carte graphique

Le lien est indirect mais il est mécanique. Une carte graphique embarque de la mémoire vive vidéo, et cette mémoire sort des mêmes usines, sur les mêmes lignes, que celle qui part vers les centres de données. Quand l’acheteur le plus riche du monde double ses engagements d’achat, il ne reste pas plus de galettes pour les autres.

Sur le terrain français, le relevé hebdomadaire de Cowcotland daté du 21 août 2026 donne la mesure du mouvement, en une seule semaine.

Carte Meilleur prix relevé le 14 août Meilleur prix relevé le 21 août Écart en 7 jours
Radeon RX 7800 XT 499,90 euros 599,90 euros +100 euros
Radeon RX 7900 XTX 929,90 euros 1049,90 euros +120 euros
Radeon RX 9070 XT 737,90 euros 779,90 euros +42 euros
GeForce RTX 5060 Ti 16 Go 599,90 euros 623,90 euros +24 euros
GeForce RTX 5080 1279,90 euros 1313,90 euros +34 euros
GeForce RTX 5090 4499,90 euros 4799,90 euros +300 euros
Arc B580 349,90 euros 349,90 euros stable

Nous reproduisons ce relevé tel qu’il est publié, sans en tirer de comparaison de performances entre marques : c’est une photographie de tarifs à une date donnée, pas un classement. Le contraste utile est ailleurs. La RTX 5090 se relevait à 4 799,90 euros le 21 août, alors que son tarif conseillé de lancement était de 1 999 dollars — et cinq jours plus tard, NVIDIA faisait de la vente au tarif conseillé un argument de communication à la Gamescom, sans y proposer cette carte.

Cette séquence prolonge la vague américaine de hausses que nous suivions début août, et confirme ce que nous constations sur les kits DDR5. Elle rejoint enfin l’avertissement de PC Partner sur des pénuries aggravées à l’entrée de gamme au second semestre. Si vous devez arbitrer un achat maintenant, notre stratégie d’upgrade en période de pénurie reste la bonne porte d’entrée, de même que notre guide sur la quantité de mémoire vidéo réellement nécessaire, puisque c’est précisément le composant dont le coût explose.

Les autres chiffres qui comptent, en une lecture

Indicateur T2 exercice 2027 Lecture
Prévision de chiffre d’affaires T3 108 milliards de dollars, à 2 % près Sans aucun revenu de calcul en Chine dans l’hypothèse
Croissance annoncée pour l’exercice 2028 environ 70 % Décrite comme limitée par l’offre, pas par la demande
Stocks 31,6 milliards de dollars Contre 25,8 milliards un trimestre plus tôt, en préparation de Vera Rubin
Délai moyen de règlement client 60 jours Contre 45 jours un trimestre plus tôt
Retour aux actionnaires environ 26 milliards de dollars Record trimestriel
Expéditions Hopper vers la Chine moins de 1 % du chiffre des centres de données Sous licence, et sorties de la prévision

Ce que cet article n’établit pas

Nous ne connaissons pas le chiffre d’affaires GeForce. Ni Edge Computing ni le segment « Graphics » ne l’isolent. Toute déduction sur les seules cartes de jeu à partir de ces agrégats serait une extrapolation, et nous n’en faisons aucune.

Nous n’établissons aucun lien chiffré entre la marge brute de NVIDIA et le prix affiché d’une carte en boutique. Un prix de détail français dépend du fabricant partenaire, du distributeur, du revendeur, du taux de change et de la fiscalité. Le lien décrit ici est directionnel, pas quantifié.

Nous ne comparons les performances d’aucune marque à une autre. Le tableau de prix est un relevé de marché reproduit tel quel.

Les prévisions de marge au-delà du troisième trimestre ne figurent pas dans le communiqué : elles proviennent des propos tenus en conférence téléphonique le 26 août et rapportés par la presse financière. Elles n’ont pas la même valeur qu’un chiffre déposé auprès du régulateur.

Questions fréquentes

NVIDIA publie-t-elle encore un chiffre pour le jeu vidéo ?

Non, pas au sens strict. La ligne « Gaming » a disparu au premier trimestre de l’exercice 2027. Deux agrégats plus larges subsistent : la plateforme de marché « Edge Computing », à 7,198 milliards de dollars ce trimestre, et le segment à publier « Graphics », à 7,922 milliards. Aucun des deux ne se limite aux cartes GeForce.

Pourquoi la marge de NVIDIA baisse-t-elle alors que ses ventes doublent ?

Parce que la baisse annoncée vient du coût d’achat, pas de la demande. L’entreprise décrit des conditions de prix extrêmes sur la mémoire et a fait passer ses engagements d’approvisionnement de 119 à 279 milliards de dollars en un trimestre, principalement pour sécuriser cette mémoire.

Cela signifie-t-il que les cartes graphiques vont encore augmenter ?

Ce n’est pas ce qui est écrit, mais c’est ce que suggère la trajectoire. NVIDIA prévoit une remontée de sa marge à l’exercice 2028 « à mesure que les hausses de prix produisent leur effet ». Cette formule porte sur l’ensemble de son catalogue et ne cible pas explicitement les cartes grand public.

Faut-il acheter maintenant ou attendre ?

Aucun élément de ce rapport n’indique un retour à la normale à court terme : la tension sur la mémoire est décrite comme un goulet d’étranglement au moins jusqu’à l’exercice 2028. Si votre besoin est réel et immédiat, attendre coûte probablement plus cher qu’acheter. Si votre configuration tient encore, rien ne justifie de se précipiter à des tarifs de fin de cycle.

Le ralentissement des ventes de PC peut-il faire baisser les prix ?

Pas mécaniquement, tant que la mémoire elle-même reste chère et rare. Un recul de la demande grand public pèse sur les volumes, mais la matière première est aujourd’hui absorbée par un acheteur qui paie plus cher et s’engage sur plusieurs années.

Sources

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Rédacteur en chef adjoint de Materiel-Gamer.com. Passionné de hardware PC et de gaming depuis plus de 15 ans, Rémi couvre l actualité des composants, des consoles et des périphériques gaming....